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L'Eglise Saint Léger

Patrimoine public de la commune

 

Église Saint-Léger

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Cette église en forme de croix latine, située dans le centre du bourg, mesure 30 mètres de long pour 9 mètres de large dans la nef et 16 mètres au droit du transept. Elle est orientée est/ouest et contient deux chapelles : la chapelle de la Vierge, au sud et la chapelle Saint-Joseph au nord.

La nef et le chœur sont couverts d’un toit en ardoise, à deux pentes de 60°. Le bâtiment a été classé au titre des Monuments historiques par arrêté de 1983.

Cette église a été construite à la fin du 15ème siècle sur ordre des seigneurs de Nouâtre : Jeanne de la Rochefoucauld  et son époux Jean du Fou.

Ce dernier, mort en 1492, est bien connu puisqu’il fut gouverneur de Bretagne puis de Touraine et chambellan du roi Louis XI, qui vint plusieurs fois à Nouâtre. Il était le fils de Jehan du Fou, cadet de la famille des vicomtes du Faou, en Cornouaille. Son blason, qui se trouvait des deux côtés du maître-autel était « d’azur à la fleur de lys d’or sommée de deux éperviers affrontés d’argent, becquetés et membrés d’or » (bleu avec une fleur de lys jaune sur laquelle reposent face-à-face deux éperviers blancs, dont le bec et les pattes sont jaunes). Son frère aîné, Yves du Fou, mort en 1488, fut grand veneur de France et gouverneur du Poitou. Un autre de ses frères, Raoul du Fou, mort en 1510, fut évêque et abbé commendataire de l’abbaye de Noyers.

 

 

Lors de sa consécration, l’église fut dédiée à Saint Léger. Ce saint, dont le nom de naissance est Leudgari, nom germanique signifiant « la lance du peuple » est un personnage historique.

Sous le nom latinisé de Leodegarius, il devint, vers 653, abbé du monastère Saint- Maixent (dans les Deux-Sèvres) ; puis, en 657, la reine Bathilde, veuve du roi mérovingien Clovis II (fils du roi Dagobert), l’appela au Conseil de Régence et le choisit comme précepteur de ses trois fils ; vers 660, il devint évêque d’Autun ; il fut aussi un des conseillers principaux du roi des Francs Childéric II (un des trois fils de Clovis II) mais ce dernier ayant été assassiné, en 675, Léger fut faussement accusé d’avoir été complice du meurtre et, après plusieurs péripéties, dont le siège d’Autun, où il s’était réfugié, il fut tué en 678 sur ordre de Ébroïn, maire du palais de Neustrie .

Dès 681, il fut canonisé en 681 et en 684 son corps fut transféré d’Artois, où il avait été tué, jusqu’au monastère de Saint-Maixent, où il avait souhaité être inhumé. La translation des reliques de Saint Léger fut relatée par un moine qui avait participé au voyage et l’on sait que le cortège emprunta une ancienne voie gallo-romaine, qui allait d’Espagne en Belgique, via Poitiers, Nouâtre et Tours. Les reliques de Saint Léger passèrent donc à Nouâtre, qui en conserva une partie, notamment un os de son bras, qui fut ensuite placé dans un reliquaire doré en forme de bras, conservé dans l’église jusqu’à la Révolution.

 

Pourtant, la première église de Nouâtre n’était pas consacrée à Saint Léger mais à Saint Révérend. On sait en effet, par le cartulaire de l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers, que cette église, fut fondée en 940 par Aymon, abbé de Saint-Cyprien « in castro Nocastro » (dans la place forte appelée Nocastrum).

Le cartulaire de l’abbaye de Noyers en parle à plusieurs reprises, notamment dans la charte 296 (de 1101) qui cite « l’atrium de l’église de Saint-Révérent ».

Ce Saint Révérend n’est pas très bien connu.

Selon la tradition locale, il était né à Bayeux puis, devenu prêtre, il se signala par de nombreux miracles, notamment en délivrant les possédés du démon ; par la suite, par souci d’humilité, il devint ermite et se  retira à Nouâtre, où il s’installa dans la solitude près d’une petite source appelée ensuite la fontaine Saint-Révérend. On montrait encore au 17ème siècle un gros caillou qui aurait servi d’oreiller au saint et qui, disait-on, se couvrait d’une matière rougeâtre comme du sang le jour anniversaire de sa mort. En effet, la fontaine avait acquis la réputation d’être miraculeuse en guérissant de la folie, et sa renommée était grande. Jusqu’au 19ème siècle, conseiller à quelqu’un de « faire le voyage de Nouâtre » voulait dire qu’on le considérait comme fou.

En réalité, selon Guy-Marie  Oury, bénédictin et historien catholique, qui s’est beaucoup intéressé à la Touraine, il est attesté qu’au début du 9ème siècle le corps de Saint Révérend reposait dans l’abbaye de Cerisy-la-forêt (dans la Manche) où l’on venait requérir sa protection contre toute sorte de péril et il est probable que ce sont des moines de Cerizy qui vers 850 vinrent mettre ses reliques sous la protection du château de Nouâtre pour les protéger des profanations consécutives aux invasions normandes. La tradition locale aurait ensuite été inventée pour assurer le succès d’un pèlerinage qui faisait la renommée de la paroisse, comme nous le verrons par la suite.

La question est de savoir si l’église actuelle n’est qu’une reconstruction de l’église Saint-Révérend avec le choix d’un saint qui était beaucoup plus connu que Saint Révérend et qui, comme Jean du Fou, avait été conseiller d’un roi, ou s’il existait une église ou une chapelle Saint-Léger, antérieure à l’église Saint-Révérend. L’historien Pierre Leveel, originaire de Chinon et spécialiste de l’histoire locale pense qu’une première église ou chapelle, dédiée à Saint Léger, aurait pu avoir été érigée à la fin du 7ème siècle, lors de la translation du corps de ce saint.

D’ailleurs, la charte 130 (de 1085) du cartulaire de Noyers parle d’ « une chapelle, qui se trouve en dehors de l’enceinte de Nouâtre » et qui n’est donc pas l’église Saint-Révérend.

Quoiqu’il en soit, Saint Léger et Saint Révérend sont étroitement associés dans la décoration de l’église.

 

L’intérieur de l’église

Quand on entre, on trouve, à gauche, un ancien lavabo, du 16ème siècle, qui sert de bénitier ainsi que la chapelle des fonts baptismaux, entourée d’une clôture basse en fer forgé ; une grille identique séparait la nef du chœur et elle fut enlevé après Vatican 2 (1962-1965).

Les murs de la nef sont décorés de peintures murales, qui ont une valeur exceptionnelle.

Tout autour de la nef, trois registres sont superposés et sur le mur sud, juste avant le transept, se trouve une scène indépendante. On distingue donc quatre motifs :

La fresque de Saint-Révérend et la scène du tombeau

Les croix de consécration

La litre funéraire supérieure

La messe de Saint-Grégoire

La fresque de Saint-Révérend

Cette fresque raconte, en 12 tableaux, la vie légendaire de Saint Révérend.

Elle a été réalisée, au début du 16ème siècle, comme le montrent les costumes des personnages, dans le style ogival riche, caractérisé par la maigreur des formes, l’absence de perspective et l’inégalité dans les proportions des personnages.

 

Elle est constituée de deux registres séparés par des lignes noires : le registre historié et en-dessous, le registre épigraphique (reproduit sur des cartons par l’abbé Leblois, curé de Nouâtre en 1860).

 

Cette fresque commence à droite, après la messe de Saint-Grégoire ; le 9ème tableau (sur le mur nord) était accompagné de la légende suivante : « Comment St Révérent, pour échapper aux honneurs, quitta son pays, trouva une petite ville appelée Noastre, où il parvient à une grande sainteté, loin de la vie du monde ». On voit sur ce tableau l’église de Nouâtre, avec les trois mottes castrales, supportant le château, le donjon et le fort de la Motte ; on distingue aussi une petite construction, à droite, qui pourrait être une chapelle.

Cette fresque, actuellement très dégradée, a été reproduite par le peintre Henri Burin et cette reproduction se trouve, en face de l’église, dans la salle Henri Burin.

La fresque Saint-Révérend est prolongée par la scène dite du tombeau, représentant deux gisants décharnés reposant sur un tombeau ouvragé ; sous la scène, une litre funéraire inférieure présente des armoiries jumelées, qui sont, des armoiries féminines. À gauche, un écu « d’azur à 3 pots de 2 anses d’or » représente les armes de la famille des Aubuis, seigneur du fief de Talvois, où se trouvait la Fontaine Saint-Révérend.

Il est fort probable que la tradition locale de Saint Révérend ait été importée par cette famille, elle aussi, originaire de Bayeux et que cette dernière ait commandité une fresque, qui assurait la célébrité de la paroisse, en confirmant la légende.

 

Les croix de consécration

Lors de la dédicace d’une nouvelle église, une cérémonie religieuse était célébrée par l’évêque du diocèse accompagné des prêtres et du peuple des fidèles ; cette cérémonie se terminait par le rite de l’onction avec le saint chrême des cinq croix de l’autel puis des quatre ou douze croix de consécration de l’église.

Il reste, dans l’église Saint-Léger, six croix de consécration, ce sont des croix grecques, tracées à l’intérieur de deux cercles concentriques et en partie cachées par le Chemin de Croix.

 

La litre funéraire supérieure

Cette litre a été peinte en haut de l’édifice avant la fresque de Saint-Révérend, comme le montrent de nombreuses petites giclées de peinture, recouvertes par cette fresque.

Dans chaque travée, deux écus étaient tracés à l’intérieur de cette litre. On peut remarquer que toutes les armoiries ont été systématiquement grattées, sans doute au moment de la Révolution, alors que celles des Aubuis, dans la scène du tombeau, qui étaient beaucoup plus accessibles, sont intactes.

Les anneaux de fer, placés sous les armoiries, servaient vraisemblablement à supporter les oriflammes de ces seigneurs lors de leur inhumation dans l’église.

 

La Messe de Saint-Grégoire

Sur le mur sud de la 3ème travée, une peinture, en partie effacée, représente sans doute la Messe de Saint-Grégoire.

Il s’agit d’un célèbre sujet iconographique, datant du 8ème siècle et représentant le pape Grégoire le Grand (540-604) célébrant la messe à Rome, dans l’église Sainte-Croix, avec en face de lui le Christ martyrisé, apparu en réponse à sa prière pour convertir une personne doutant de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Le sommet de la vénération pour cette scène est atteint lors de l’Année Sainte 1500, date à laquelle il est probable que cette Messe ait été représentée sur le mur de l’église Saint-Léger.

 

On distingue, difficilement, le Christ sortant de son tombeau ; son corps dénudé, aux mains liées, porte un manteau posé sur ses épaules ; en-dessous, Saint Grégoire, agenouillé, dit la messe devant un autel, accompagné d’un cardinal et d’un évêque, également agenouillés ; sur la table de l’autel se trouvent un chandelier, une patène et un calice. De chaque côté, les instruments de la passion recoupent la scène de bas en haut.

Outre ces peintures, le joyau de l’église est un retable du 15ème siècle, qui se trouve dans la chapelle Saint-Joseph.

 

Le retable de la Passion  

 

 

 

Ce retable de la Passion, appelé aussi le « la Judée », est constitué de sept hauts reliefs, formant un triptyque à volets. Il était, à l’origine, placé derrière l’ancien autel et était sans doute l’ornement essentiel de l’église.

Il a été produit, selon toute vraisemblance, en Angleterre, peut-être à Nottingham, ville célèbre pour la réalisation de telles œuvres dès le 14ème siècle, et près de laquelle se trouvaient des carrières d’albâtre gypseux, facile à tailler et qui, durcissant à l’air, pouvait se polir au point d’être confondu avec du marbre.

On y voit cinq tableaux, représentant la passion du Christ, encadrés par Saint Jacques (à gauche) et Sainte-Barbe (à droite). On peut penser que la présence de Saint Jacques est une référence au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, qui, à partir de 1492, devient un des trois grands pèlerinages de la Chrétienté, avec ceux de Jérusalem et de Rome. Quant à celle de Sainte Barbe, elle est peut-être due à son statut de patronne des mineurs, les carrières étant particulièrement nombreuses sur la rive gauche de la Vienne ; une autre hypothèse est liée au fait que la famille du Fou était originaire de Bretagne, région où cette sainte est particulièrement honorée.

L’ensemble contient 43 sculptures pittoresques, illustrant la Passion du Christ et comportant trois types de personnages : les « bons », dont le visage est blanc, avec une barbe et une chevelure dorées,  les « mauvais » qui ont un visage et une chevelure noirs ; plusieurs personnages intermédiaires, comme le bon larron, ont le visage blanc mais des cheveux et une barbe noirs.

Ce retable a été restauré en 1873 (reprise de la polychromie et des rehauts d’or) puis en 2005 (nettoyage et protection). Il a été inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 1907.

On dit qu’au début du 19ème siècle les habitants de Nouâtre s’insurgèrent contre leur curé qui avait vendu ce triptyque pour 200 francs (une somme à l’époque) à des antiquaires, qui furent obligés de le restituer.

 

Autres éléments remarquables

L’intérieur de l’église fut rénové au 17ème, sans doute à l’époque où Anne de Rohan était dame de Montbazon, Sainte-Maure et Nouâtre. C’est alors qu’on ajouta le grand retable, au fond de l’église, avec les statues de Saint Léger à gauche et de Saint Révérend à droite encadrant le grand autel ; cette disposition permit la création d’une sacristie, qui n’existait pas auparavant, les ornements et les objets sacerdotaux étant conservés dans des coffres.

De cette époque datent également trois tableaux représentant l’Annonciation, Une Multiplication des pains et une Descente de croix. Tous ces éléments sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques. Le tableau le plus intéressant est sans doute l’Annonciation, qui se trouve dans la chapelle de la Vierge.

 

Les vitraux

Le seul vitrail d’origine est, dans la chapelle de la Vierge, un petit médaillon représentant Saint Nicolas ressuscitant les trois petits enfants coupés en morceaux et mis dans un saloir par un méchant boucher.

Les vitraux actuels de la chapelle de la Vierge, représentant la mort, l’Assomption et le couronnement de Marie, œuvres des ateliers Lobin de Tours, furent mis en place en 1869.

Les quatre vitraux du chœur, placés à la fin du 19ème siècle, représentent, au nord (à gauche) Saint Léger et Sainte Clotilde, au sud (à droite) Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal, fondateurs de l’ordre de la Visitation. Ceux de gauche furent payés par Émile Pagé, propriétaire de la Richardière, qui se fit représenter en Saint Léger, tandis que Sainte Clotilde a les traits de Marie Clotilde Pagé, fille d’Émile Pagé, morte à 16 ans, en 1884.

 

Les cloches

Il y avait deux cloches : la grosse était utilisée pour sonner le tocsin ou pour donner le signal du rassemblement de la population dans l’église, qui servait de salle commune pendant la Révolution, car à cette époque, le curé de Nouâtre, l’abbé Louis Venault, fut aussi maire de 1794 à 1795.

La plus petite fut installée en 1733 et fut sans doute offerte par la famille d’Argenson car elle fut bénie par Jacques Galloche, curé de l’église d’Argenson ; elle fut fondue pendant la Révolution.

La grosse cloche fut brisée, par malveillance, en 1843 ; une nouvelle cloche, pesant 426 kg et donnant le sol dièse, fut alors fondue, en grande partie avec les 410 kg de l’ancienne cloche ; nommée Saint-Révérend, elle fut bénie en 1846 avec, pour parrain André Chabert de Prailles, maire de Nouâtre de 1843 à 1851, et pour marraine Mlle Estelle Pagé, sœur d’Émile Pagé.

Cette cloche sonne les heures et les demi-heures.

 

L’extérieur

Les portes de l’église, surmontées d’une accolade amortie par un fleuron et d’une grande fenêtre en tiers-point, ont été refaites à la fin du 19ème siècle avec du bois provenant d’un pressoir de l’abbaye de Noyers. Elles ont été restaurées en 2002 par la menuiserie Guérin de Pouzay.

Au nord, à gauche de l’église, entre l’épicerie et le bar-tabac, une petite porte aboutissait dans la chapelle Saint-Joseph, qui était la chapelle seigneuriale. Dans ce passage, une marque de crue, datée du 14 juillet 1792, se trouve à 1m.80 du sol.

 

Le presbytère et le four presbytéral

Au sud, à droite de l’église, se trouvait le presbytère, construit en même temps que l’église. Vendue après la Révolution, cette belle maison se dégrada progressivement et une annexe fut construite entre le bâtiment et l’église.

Racheté et restauré sous la municipalité de Philippe Tabutaud (2008-2014), cet ancien presbytère est devenu un logement social.

À côté de la maison, se trouvent les restes de l’ancien four presbytéral, qui donnait au curé de la paroisse le privilège de ne pas être obligé d’utiliser le four banal, qui appartenait au seigneur et dont l’utilisation, payante, était obligatoire.

Adresse

Mairie de Nouâtre
place 8 Mai 1945
37800 Nouâtre