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La voie Gallo-Romaine

Voie gallo-romaine allant d’Espagne en Belgique

Cette voie passait par Bordeaux (Burdigala) et par Saintes (Mediolanum Santonum) avant d’arriver à Poitiers (Limonum) : la capitale des Pictons.

La voie continuait ensuite par Jaunay-Clan, où se trouve une portion de cailloutis datée de – 2 500 puis par Moussais-la-bataille (commune de Vouneuil-sur-Vienne), où eut lieu une des batailles dites de Poitiers.

Peu après la voie arrivait sur la commune de Naintré, où l’on peut voir les ruines imposantes de Vetus Pictavis (le Vieux-Poitiers). Il s’agissait d’une cité importante, où demeurent les ruines d’un théâtre gallo-romain pouvant accueillir 10 000 spectateurs, dont le nom ancien : Briva (le Pont) a été découvert sur un menhir par une dédicace gauloise émanant d’un certain Frontu. Comme tous les grands sites placés près des frontières, il s’agissait sans doute d’un sanctuaire où différentes tribus gauloises pouvaient se rencontrer sans risques.

Sous le nom actuel de GR655, la voie passait ensuite par Chézelle, un peu avant Cenon-sur-Vienne, où huit bornes milliaires, transformées en sarcophages, ont été retrouvées dans le cimetière. 

La frontière entre les Pictons et les Turons était matérailisée, à la sortie d’Ingrandes-sur-Vienne, par le Batreau : petit affluent de la Vienne. La voie passait ensuite par Dangé (Damiacum) puis par Port-de-Piles (Portus ad Pilas) qui est encore dans le département de la Vienne mais qui se trouvait auparavant dans la province de Touraine.

On ne sait pas exactement ce qu’étaient ces piles, peut-être des piles funéraires semblables à celle de Cinq-Mars-la-Pile , peut-être, plus probablement, des piliers indiquant le gué sur la Creuse, dont la traversée se faisait à l’ouest de Port-de-Piles, près d’une ferme fortifiée appelée le Quart comme le montrent toutes les photographies aériennes faites dans la région.

Après le passage de la Creuse, la voie principale obliquait au nord-ouest vers Nouâtre tandis qu’une voie secondaire partait vers La Celle-Saint-Avant et  Amboise (Ambacia).

Cette voie principale existe toujours : c’est un large chemin bien tracé et bordé de fossés, qui passe, sur le territoire des Maisons Rouges, près d’un menhir, couché maintenant, connu dans le cartulaire de Noyers sous le nom de Pierre Fitte (petra fixa = pierre enfoncée) et dont une partie a été découverte récemment par le Service de l’Archéologie de département d’Indre-et-Loire (SADIL) à l’occasion des travaux de la LVG.

La voie franchissait ensuite le Réveillon à un endroit appelé la Grippe, où il y eut une nécropole protohistorique, puis entrait dans Nogastrum (Nouâtre) par ce qui est actuellement l’Allée romaine ; le chemin longe une ancienne ferme qui fut un moulin appartenant aux Templiers de Nouâtre, où des photographies aériennes ont révélé la présence de vestiges anciens.

Nogastrum : le nom ancien de ce village, qui apparaît pour la première fois dans un texte de 925, est interprété diversement mais ce qui est certain c’est l’ancienneté de ce lieu où des poteries, des verreries et des moules de potiers ont été découverts, notamment à la Richardière ainsi qu’aux abords de la voie, là où une nécropole antique a été repérée.

Il est probable qu’une agglomération gallo-romaine (vicus) existait ici et les photographies aériennes ont montré la présence de murs dans le village même ainsi que d’exploitations agricoles (villae rusticae) dans les environs ; nous pensons aussi que le lieu, situé au centre du village et appelé la Pierre du Faon, indique la présence d’un temple (fanum) remplacé ensuite par une chapelle et par une commanderie des Templiers, dont les restes sont intégrés dans une maison qui s’appelle les Chapelles.

Cette agglomération se développa du fait de l’existence d’un port qui accueillait les bateaux pouvant aller de Nantes à Poitiers en remontant la Loire, la Vienne et le Clain, ainsi que d’un gué permettant de traverser la rivière et d’aller vers Candes ou vers  Loudun

De Nouâtre partait aussi une voie vers Sainte-Maure (Arciacum) et la vallée du Cher. Grâce à ce gué et à ce port,  Nouâtre, où Foulques Nerra fit construire un château, dont les ruines se mirent toujours dans la Vienne, devint au 15ème siècle une « ville » dont le seigneur était Jean du Fou, chambellan de Louis XI. (Voir Histoire)

La voie traverse le village actuel sous les noms de rue Guy de Nevers et rue Saint-Jean-du-Bois puis rue de Talvois qui se prolonge par le GR48 en direction de Pouzay.

Elle passe ensuite à côté de Talvois puis à côté de Chenevelles, maintenant à cheval sur les communes de Nouâtre et de Pouzay ; à ce dernier endroit, où un autre gué permettait de rejoindre une voie longeant la rive gauche de la Vienne  et où l’on peut voir les restes presque enfouis d’un grand dolmen appelé la Pierre levée, un embranchement offrait la possibilité d’aller vers Chinon tandis que la voie principale continuait vers Saint-Épain (Brigogalum).

C’est là aussi, près du hameau de Soulangé (Subalaniacum), que s’étendait, comme les photographies aériennes l’ont montré, une immense villa rustica gallo-romaine complètement oubliée, dont la partie habitée (pars urbana) s’étendait, avec les dépendances, sur vingt hectares et allait jusqu’au bord de la Vienne ; il est possible que ce domaine ait ensuite appartenu à l’évêché de Tours et que cette résidence ait été occupée, au 6ème siècle, par le poète latin Venance Fortunat qui, dans deux de ses poèmes, parle d’une villa près de la Vienne, où Grégoire de Tours l’hébergea.

Après Nouâtre, la voie, en partie perdue, passait entre Noyant-de-Touraine (Noviomagos) et Trogues (Trogia villa), où on la retrouve au lieu-dit la Billette ; elle se dirigeait ensuite vers Saint-Épain en passant à la Motte du Donjon, où se trouvait un ancien château médiéval, puis au Louriou (peut-être du latin oratorium) où un site gallo-romain a été repéré et elle arrivait à l’entrée actuelle de cette commune au lieu-dit la Boue, où un gué permettait de franchir la Manse, dont plusieurs bras convergent à cet endroit marécageux.

Comme souvent, c’est l’existence de cette voie et de ce gué qui a donné naissance au vicus de Brigogalum (la citadelle) ; ce dernier nom apparaît encore dans un texte de 774 mais, au 11ème siècle, ce village, qui devrait logiquement s’appeler Brigueil, prit le nom de saint Épain.

En sortant de Saint-Épain, l’actuelle D8, qui porte encore le nom de Grand chemin, se dirige vers Thilouze (Tillosa) en suivant le tracé de l’ancienne voie et en traversant une tranchée taillée dans le rocher ; mais à 2 km avant Thilouze, la D8 oblique vers l’est et une autre route part vers Saché (Sabiacum) ; la voie romaine, pour sa part, continuait tout droit vers Pont-de-Ruan (Rotomagos) et elle est encore bien visible par endroit sous le nom de chemin ferré.

Adresse

Mairie de Nouâtre
place 8 Mai 1945
37800 Nouâtre